Ariane à Naxos

Une nouvelle rubrique sur ce blog : Pré-mythiques.
Si l’on regarde la mythologie comme une somme symbolique de toutes les grandes expériences qui peuvent affecter la condition humaine, il y a là une matière à écriture – une source d’inspiration – abondante et constamment actuelle. Visiter dans le mythe les moments d’émotion et, lorsque les émotions ne sont qu’indiquées, ou encore seulement décrites, et pratiquement toujours – et c’est une évidence – parce que l’écriture veut là sur-signifier –,  tâcher de les rendre autrement perceptibles en voulant y impliquer la subjectivité du lecteur : l’entreprise peut séduire un poète. Elle me tente assez, en tout cas, pour que je me risque ici à ce modeste exercice : peindre, dans son intimité, sa solitude, l’homme tel qu’il a peut-être fait l’épreuve d’un instant avant que le conteur antique ait réduit au silence la voix de cette humanité singulière en entonnant, d’un chant puissant voisin de l’hymne, la célébration de l’Homme. Ce sont ces moments intenses de bonheur, de lassitude, d’amour, de joie, de folie, de souffrance, de colère, de désespoir… que je veux proposer ici à la sympathie de ceux qui me font le plaisir de visiter ces pages.
Le premier texte de cette série évoque Ariane
Rappelons-nous : Thésée a promis à Ariane qu’il l’épouserait si elle l’aide à sortir du Labyrinthe où il compte tuer le Minotaure. Ariane lui remet un peloton de fil qu’il déroule derrière lui à son entrée dans le Labyrinthe. Sa mission accomplie, il peut ainsi facilement ressortir.
Avec Ariane, il fuit alors la Crète pour rejoindre Athènes (où l’attend son père Egée). Il relâche dans l’île de Naxos (anciennement Dia). Puis il met à la voile et abandonne, ou oublie là, Ariane endormie.

Ariane à Naxos

« Ariane, ma soeur, de quel amour blessée
Mourûtes-vous aux bords où vous fûtes laissée ?  »
                                                         Racine. PHEDRE

Et l’immensité du sable à parcourir jusqu’à
L’immensité bleue inaccessible de la mer et
Là-bas la voile s’amenuise
Noire
Et le rire violent des mouettes te déchire

Et tu t’effondres à genoux
Et tes larmes douloureusement jaillissent
Elles parlent elles hurlent cette atrocité que tu ne sais pas dire

Il est parti
Ariane
Il est parti
Et tu maudirais l’horizon où il se perd
Si tu avais la force et l’esprit de maudire

Mais à cet instant
Ariane
Tu n’es qu’une souffrance creuse implacable
Sous le feu impassible du soleil
Et tu ne sais pas tu ne sais pas dire

Tes sanglots t’ont jetée renversée sur le sable
Tu souilles dans le sable ta chevelure
Tu te traînes sur le sable jusqu’à la mer
Et le sac et le ressac
Poisseux d’écume
Effondrent et lissent autour de toi le sable
Sans seulement t’ensevelir

Tu cries son nom
A l’horizon de brume imprécise
Tu cries son nom
A l’horizon vide

Et tu souffres
Eperdument
De son absence
Car tu viens de comprendre
Dans le désespoir de ton corps
Ce qu’est le mal indicible de l’absence

Hélas ! tu ne connais pas encore
Que désormais
Tu es seule
Et que le pire est à venir…

Ne requiescam

Ne requiescam

Mais la violence ?
Je ne savais plus la violence,
Cette senteur d’ortie cabrée sous le parfum des roses.

J’avais cru douce une églantine
Et sa fraîcheur docile à mon plaisir.

Blanc
Le rugissement des ronces.
Et la beauté somme de conquérir.

Pardon, mes proies !
J’avais oublié :
Le désir feule.

HAITI


Il faut la dire.
Et je ne peux pas, je ne sais pas la dire, cette grande souffrance, cette terrible misère.
Elle est trop loin d’ici, elle est trop vraie pour des images que nos écrans n’oseraient pas transmettre.
Risquer ma parole, ce serait trahir.
Pourtant, il FAUT la dire.
Je donne donc à entendre les mots du poète guadeloupéen Ernest Pépin, qui prennent justement la mesure immense du désastre, et qui portent cependant les accents inaltérables de l’espoir  (je les trouve sur ce blog, où vous pourrez vous rendre :
http://mijak.over-blog.fr/ ) : 

« Les voiles de la mort sont apparues. Pays brisé, enseveli sous les décombres d’un cauchemar. Et les rues que l’on voit comme des fantômes hurlent sous le masque des jours.
      Haïti ! Haïti ! Au visage de cendre, au ciel couvert de sang, prie d’une voix somnambule.
      Il y a une nièce, une sœur, un père dont l’absence nous hèle. Ils habitent l’invisible dans un décor de mouches.
      Il y a ceux qui dorment debout ou à même les trottoirs. Leurs yeux calcinés refusent de se fermer.
      Il y a ceux qui portent sur leur tête le désespoir dans une valise.
      Haïti s’agenouille auprès des immeubles décomposés, des corps tuméfiés, et toute la ville marche d’un pas de fossoyeurs.
      Désastre qu’on emporte dans des draps de fortune. Désastre d’entrailles quand la vie s’évapore dans un regard d’eau morte. La mule du malheur court toujours comme une femme folle.
      Nous sommes, avec vous, hommes de boues sèches et femmes que le silence déchire.
      Nous sommes, avec vous, enfants de malemort quand le pays s’en va, de secousses en secousses, dévorer les enfances.
      Nous sommes avec vous et nous disons pour vous une parole bienveillante.
      Parole déshabillée où seule règne une larme
      Vous êtes toutes nos guerres et c’est notre sang qu’un cimetière allume comme un cierge.
      Vous êtes l’ombre couchée de nos oublis d’antan. Les éclats de nos silences d’antan.
      Des siècles ont crié meurtris de tant de cris et l’arbre s’est nourri du silence des oiseaux.
      Mais la terre demeure
      Haïti n’est pas mort sous ses paupières de nuit
      Haïti ne mourra pas trop de poètes l’ont créé
      Nous donnons leur nom à demain, au petit jour des mots, à la griffe de l’espoir, au petit peuple faiseur de miracles
      Haïti soleil des carrefours et qui va son chemin de lumière convulsée, d’imprévisible survie parmi les cimetières et la graphie des vents
      Haïti ne mourra pas
      Nous lui tendons les mains pleines d’ancêtres-frères et nous pleurons parce qu’il faut pleurer mais nous écrivons sur tous les murs tombés pour que renaisse l’enfant vieille de trois jours sans nom :
      HAÏTI NE MOURRA PAS ! »
 

Ernest Pépin
Faugas, le 16 janvier 2010

CIME

Seule montagne unique obstacle
Haute

Par d’autres terres, en d’autres temps, j’ai espéré l’asile. Frère des pluies mollement suspendues au ventre des nuages, j’ai cru aimer la plaine. Je permettais la boue.

Seule montagne unique obstacle
Haute

J’apprends à gravir des rochers au soleil, à me fleurir d’un sang délicat cultivé dans l’inimitié des pierres. J’apprends à mériter ce qui me pare : les suantes perles de mon orgueil.

L’asile n’est qu’un peu d’ombre

Jusqu’au sommet, un adret me provoque.
Enneigé.
Splendide.

Ne craindre que la cime
Trop brève
Avant l’ubac paisible et sans mystère…

Réveillon d’Orphée

Réveillon d’Orphée

L’an dû
L’an veuf
L’an perdu
L’an neuf

La neige
Des lignes
Noir cortège
Des signes

« Nemo »
Or crie…
Nuit des mots
Qui prient

Attente

J’attends ton jour,
Chargé de blés comme un navire.
Ce matin gracieux
Et doucement ouvert, plus merveilleux qu’un havre.

J’attends ; viennent des mouettes
Mais tôt s’en vont.
J’attends.

Patience étale.

Lumières

Le solfège baroque et triomphant des guirlandes électriques ne fait pas taire la nuit. C’est au cœur turbulent de la ville avant Noël et partout le présent se multiplie et s’enrubanne.

Le présent naïf !
Badauds, gentils badauds,
Nous sommes éblouis de mille étoiles !
- Mais qui cherche une étoile encore ?

Un désir me prend de lueurs plus douces,
D’une moindre rumeur.
Un désir de lieu saint, de seuil amoureux, de chambre studieuse
Eclairés faiblement d’une seule flamme
Emue,
Fervente,
Pâle
Et droite,
Fragile, dans le verre humble d’une lampe.

Déception

Déception

La mer flatte la plage.

Un peu d’écume, fleurs incertaines
- Mémoire piteuse des grands flots…
 

La mer flatte la plage.

Et c’est toujours le deuil du sable. 

Avant l’hiver

La ville, mortes proies.
Le cadavre raidi des ruelles.
Mes chacals, rôdeurs tristes, alentour de l’ennui.

La ville : mortes proies.

Pour ne confier au ruisseau qu’un papier ridicule
- le désir d’une voile -
Il faut tellement croire.

Mes chacals, rôdeurs tristes, alentour de l’ennui.

La rue grise,
Seulement grise aux porches lourds des nuits précoces.

Bientôt le froid solide,

Et sur ma vitre
L’unique fleur du givre.
Sa beauté désolée, sa beauté intérieure.

Abysses

L’océan n’est pas un miroir, son verre dépoli ne rabâche pas le ciel, ni les étoiles, ni les nuages ; aucune mouette, aucun orage ne s’y reflètent jamais.

L’océan n’est pas la verte plaine fleurie d’écumes qu’inciserait longuement, infiniment – pour quelles fécondations ? – le soc vaillant d’une étrave.

(A la fin nous voici las de toutes superficies, des reflets, des ressemblances.)

Il est, l’océan, d’eau et de sel.
D’eau et de sel, d’étranges algues, de poissons insolites, de coquillages bizarres, d’anormales inflorescences,
Et d’uniques navires et de cités fantastiques
Autrefois engloutis.
Il est d’épaisses eaux,
De sel fort.

Nous sommes, sur la mer,
Inquiets de creux secrets,
Epris de profondeurs,
Amoureux des abysses…

Heureux de ne pas voir.

Orgueilleux de sonder.

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