Archive pour la Catégorie 'POEMES SANS SUITE'

Ne requiescam

Ne requiescam

Mais la violence ?
Je ne savais plus la violence,
Cette senteur d’ortie cabrée sous le parfum des roses.

J’avais cru douce une églantine
Et sa fraîcheur docile à mon plaisir.

Blanc
Le rugissement des ronces.
Et la beauté somme de conquérir.

Pardon, mes proies !
J’avais oublié :
Le désir feule.

CIME

Seule montagne unique obstacle
Haute

Par d’autres terres, en d’autres temps, j’ai espéré l’asile. Frère des pluies mollement suspendues au ventre des nuages, j’ai cru aimer la plaine. Je permettais la boue.

Seule montagne unique obstacle
Haute

J’apprends à gravir des rochers au soleil, à me fleurir d’un sang délicat cultivé dans l’inimitié des pierres. J’apprends à mériter ce qui me pare : les suantes perles de mon orgueil.

L’asile n’est qu’un peu d’ombre

Jusqu’au sommet, un adret me provoque.
Enneigé.
Splendide.

Ne craindre que la cime
Trop brève
Avant l’ubac paisible et sans mystère…

Attente

J’attends ton jour,
Chargé de blés comme un navire.
Ce matin gracieux
Et doucement ouvert, plus merveilleux qu’un havre.

J’attends ; viennent des mouettes
Mais tôt s’en vont.
J’attends.

Patience étale.

Lumières

Le solfège baroque et triomphant des guirlandes électriques ne fait pas taire la nuit. C’est au cœur turbulent de la ville avant Noël et partout le présent se multiplie et s’enrubanne.

Le présent naïf !
Badauds, gentils badauds,
Nous sommes éblouis de mille étoiles !
- Mais qui cherche une étoile encore ?

Un désir me prend de lueurs plus douces,
D’une moindre rumeur.
Un désir de lieu saint, de seuil amoureux, de chambre studieuse
Eclairés faiblement d’une seule flamme
Emue,
Fervente,
Pâle
Et droite,
Fragile, dans le verre humble d’une lampe.

Déception

Déception

La mer flatte la plage.

Un peu d’écume, fleurs incertaines
- Mémoire piteuse des grands flots…
 

La mer flatte la plage.

Et c’est toujours le deuil du sable. 

Avant l’hiver

La ville, mortes proies.
Le cadavre raidi des ruelles.
Mes chacals, rôdeurs tristes, alentour de l’ennui.

La ville : mortes proies.

Pour ne confier au ruisseau qu’un papier ridicule
- le désir d’une voile -
Il faut tellement croire.

Mes chacals, rôdeurs tristes, alentour de l’ennui.

La rue grise,
Seulement grise aux porches lourds des nuits précoces.

Bientôt le froid solide,

Et sur ma vitre
L’unique fleur du givre.
Sa beauté désolée, sa beauté intérieure.

Abysses

L’océan n’est pas un miroir, son verre dépoli ne rabâche pas le ciel, ni les étoiles, ni les nuages ; aucune mouette, aucun orage ne s’y reflètent jamais.

L’océan n’est pas la verte plaine fleurie d’écumes qu’inciserait longuement, infiniment – pour quelles fécondations ? – le soc vaillant d’une étrave.

(A la fin nous voici las de toutes superficies, des reflets, des ressemblances.)

Il est, l’océan, d’eau et de sel.
D’eau et de sel, d’étranges algues, de poissons insolites, de coquillages bizarres, d’anormales inflorescences,
Et d’uniques navires et de cités fantastiques
Autrefois engloutis.
Il est d’épaisses eaux,
De sel fort.

Nous sommes, sur la mer,
Inquiets de creux secrets,
Epris de profondeurs,
Amoureux des abysses…

Heureux de ne pas voir.

Orgueilleux de sonder.

Puissance

Rare équilibre la puissance.

De ses ailes déployées,
Superbement
Un aigle
(Et dans cette attitude il me parut immobile)
Tenait à distance le secret bleuté des collines.

Il suffisait à son vol d’une pulsation,
Il suffisait à mes cils d’une syncope
Pour que s’autorisât le val,
Pour que cessât l’azur.

Le jour, affirmé déjà, nous consacrait d’or.

Un aigle et moi.

O l’orgueil
De n’ignorer pas que cet inéluctable
Battement
Abîmerait toute promesse…

Cependant c’était joie d’apogée,
L’heur limpide
D’un ciel sûr.

Jour gris

Tristement l’asphalte
Sous
L’averse grise

Et la pluie grise
Les maisons grises
Les flaques grises
Façades grises

Homme sans voix ! Tu reconnais là ton enfance

Ardoises nuages la rivière grossie
Les murs
Ta blouse le long des murs
Rien que les murs le long des murs
Et la vitre sale de jeudi qui meurt

Tu es petit
Tu découvres le ciment des allées du cœur
Le froid sans couleur
Du métal des garde-fous des barrières

Demain les autres la cour son bitume
L’odeur mêlée des autres
Les mots confus des autres
Demain le brouillard gras devant les soupiraux fétides
Vieux radoteurs
Tu ne crois plus au mystère des caves

Des pigeons las ont oublié leur vol
Tu les suis du regard
Tes yeux savent l’ennui
L’attente zinguée des chéneaux mornes
Tes yeux comprennent la patience hébétée des gouttières

Homme sans voix !
Tu te rappelles les silhouettes en contre-jour
De ces deux femmes
A l’ouvrage
Ta mère en face de sa mère
Elles parlent d’ailleurs
Entre leurs profils

Tu n’aimes pas l’univers de la table le fil le dé l’étoffe lourde
Les ciseaux
Tu joues à terre avec l’aimant sur le désordre absurde de la boîte d’épingles
Tu convoites la craie lisse ferme dodue
- La craie friable

Homme sans voix pour risquer un appel !

(Quel âge avais-tu donc, deux ans peut-être, quand tu portais – comme elle l’embellie de son sourire – ce manteau rouge ? …) 

Sacrifice

Sacrifice

Je célèbre la mer,
Je veux dire
L’ultime suspension, dorée, de telle vague.
Et j’offre
Le présent de la mer.
Tu vois :
La mouette haute,
L’écume vive,
L’hostie bleue du soleil.

O l’oubli des vacarmes…
     - Splendeur de l’apogée fragile d’une vague –
          …avant les lourds fracas !

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