Voyages

« L’eau verte de Venise, ou noire, n’est sombre tellement, et morte, paludéenne, qu’aux regards ignorants ou trop hâtifs, qu’aux yeux mal prévenus. L’eau de Venise est ocre et rose, et blanche et jaune et beige, et blanche et jaune et rose, et rose et jaune, et ocre et bleue. L’eau de Venise vit du miroitement. L’eau de Venise vit du scintillement qui va s’éteindre, aussitôt vit d’un autre scintillement, à peine comparable, puis d’un autre petit moment qui scintille, qui va mourir, mais elle vit déjà d’un autre clair moment. Comprenez, toute l’éternité tient dans la seconde du devenir… Savoir offrir cette seule éternité !… »

J’avais écrit ces lignes bien avant de voir Venise.

Le charme vrai du voyage n’est pour beaucoup que de parler du voyage futur, d’en dire – entreprise impossible – les saveurs inconnues. Sûrement la gourmandise du voyageur averti veut n’éprouver ces saveurs que plus tard, aussi tard que le lui permettra sa patience, dans les ultimes exaltations qui sacrifieront son plaisir, lorsqu’il n’en pourra plus de rêver.
Tant il est vrai que le meilleur du plaisir est réductible au désir, lorsque celui-ci connaît qu’il va prendre, néanmoins s’étonnant de pouvoir prendre.

Après ? La chute ?
Sans doute.

Mais des mots tissent déjà le voile pellucide et soyeux des regrets.
Et puis encore, après Venise, les célébrations anticipées de Varsovie, de Calcutta, d’Amsterdam, de Quito…

Je le crois, la parole est au fond le désir – donc la beauté – des choses.

 

 

 

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