Andromède

Comme les projets de celui qui veut écrire sont bizarrement servis !  Sa plume, rebelle ou simplement rétive, ou fantasque, l’entraîne bien vite ailleurs qu’en son propos. L’idée que j’avais de montrer « l’homme » dans ses moments « de bonheur, de lassitude, d’amour, de joie, de folie, de souffrance, de colère, de désespoir » (cf l’article Ariane à Naxos) aboutit étroitement dans la représentation ou la suggestion des souffrances vécues par des victimes : Ariane, Créuse, Galatée, Sémélé, aujourd’hui Andromède. Faut-il s’en étonner ? : la peinture de « l’homme » que je projetais ainsi est devenue évocation des femmes, puisque c’est dans leur nombre en premier lieu que les victimes sont désignées. De tous temps. La légende le crie à l’évidence : femmes abandonnées, trompées, assujetties, réduites à l’esclavage, enlevées, violées, sacrifiées… Au mieux Pénélope tisse sans subir de mauvais traitements pendant qu’Ulysse conquiert et découvre le monde. Que tisse-t-elle ? Un linceul. La mythologie est ainsi faite : aux hommes les rivages toujours nouveaux de la gloire, aux femmes le culte modeste de la douleur…
C’est Andromède, donc, que j’évoquerai cette fois. Cassiopée, sa mère, reine d’Ethiopie, ayant mécontenté Poséidon par son orgueil, celui-ci envoie un serpent marin qui ravage le pays. L’oracle d’Ammon, consulté, fait savoir que la seule façon de calmer le monstre est de lui livrer Andromède. Elle est donc attachée nue sur le rivage à un rocher où elle attend d’être dévorée
; et je l’imagine ici.
(Que ceux qui ne connaissent pas cette page de la mythologie se rassurent. Andromède sera sauvée par ce fils de Zeus tout glorieux de sa récente victoire sur Méduse : Persée, qu’elle épousera.)

Andromède

Tu le devines…
Tu l’imagines…
Il rôde…
Il rampe…
Il observe…
Il va jaillir…
Jaillir de l’eau inquiète et froide…
Surgir plus vite et plus droit
Qu’une lame
A travers la soie naïve et noire dont la nuit s’amuse à parer ta peur…
Il va bondir…
Et chaque vague, chaque clapotis, chaque frisson de la mer
Portent l’effroi…
Et l’eau s’enfle tout autour de toi
Au rythme
Lentement haletant,
Doucement haletant,
Au rythme lancinant de ta terreur…
Tu ne sais plus que la terreur,
Tu ne vis plus que de terreur
Et de stupeur et d’épouvante…
Ton épouvante
De vierge nue,
De femme proie,
L’épouvante glacée
De ta chair offerte…

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