Jour gris

Tristement l’asphalte
Sous
L’averse grise

Et la pluie grise
Les maisons grises
Les flaques grises
Façades grises

Homme sans voix ! Tu reconnais là ton enfance

Ardoises nuages la rivière grossie
Les murs
Ta blouse le long des murs
Rien que les murs le long des murs
Et la vitre sale de jeudi qui meurt

Tu es petit
Tu découvres le ciment des allées du cœur
Le froid sans couleur
Du métal des garde-fous des barrières

Demain les autres la cour son bitume
L’odeur mêlée des autres
Les mots confus des autres
Demain le brouillard gras devant les soupiraux fétides
Vieux radoteurs
Tu ne crois plus au mystère des caves

Des pigeons las ont oublié leur vol
Tu les suis du regard
Tes yeux savent l’ennui
L’attente zinguée des chéneaux mornes
Tes yeux comprennent la patience hébétée des gouttières

Homme sans voix !
Tu te rappelles les silhouettes en contre-jour
De ces deux femmes
A l’ouvrage
Ta mère en face de sa mère
Elles parlent d’ailleurs
Entre leurs profils

Tu n’aimes pas l’univers de la table le fil le dé l’étoffe lourde
Les ciseaux
Tu joues à terre avec l’aimant sur le désordre absurde de la boîte d’épingles
Tu convoites la craie lisse ferme dodue
- La craie friable

Homme sans voix pour risquer un appel !

(Quel âge avais-tu donc, deux ans peut-être, quand tu portais – comme elle l’embellie de son sourire – ce manteau rouge ? …) 

2 Réponses à “Jour gris”


  • Bonsoir Michel,
    Des sensations, des odeurs, souvenirs d’enfant. Et chaque détail compte. Et on s’en rappelle comme si c’était hier. Hier n’est jamais loin dans les souvenirs.
    Avec toute mon amitié
    Au plaisir de vous lire
    Danièle

    Dernière publication sur Rêves éveillés : Elle et moi

  • Danièle,
    Vous avez raison, hier est tout proche. Et pourtant, j’éprouve tellement, lorsque je me souviens, que je suis un autre… C’est fascinant, dans mes représentations, la vie de cet étranger que je comprends si bien et dont je me sens si différent. Je le mets en scène, je change un peu, parfois beaucoup, son rôle, et cela fait un poème : mais c’est pour l’éprouver davantage en moi, pour lui insuffler cette vie dont mes souvenirs le privent, en le figeant – comme sur ces vieilles photographies qui nous attendrissent, mais nous déçoivent un peu.
    Merci de vos visites amicales dont je suis toujours heureux.
    Michel

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